Replay 4 · Séance de rentrée

L'IA dans la course à l'Élysée 2027

Pour la rentrée, le Café IA s'est penché sur la place de l'intelligence artificielle dans la présidentielle de 2027. Après un rappel de ce qu'est une IA et de ce qu'elle sait faire, huit programmes ont été présentés côte à côte, sans prise de parti : à chacun de se faire son avis. Les propositions sont rapportées telles qu'elles étaient connues le 15 septembre 2026 et ont pu évoluer depuis.

1 h 52 15 septembre 2026 La Roche-Chalais Animé par Pierre Lacombe

La vidéo

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Le support

La présentation de la séance

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01

L'IA générative donne des réponses probables, pas forcément vraies

8:20

En deux mots

Il existe plusieurs sortes d'IA : certaines trient, d'autres reconnaissent des images. L'IA générative, elle, fabrique du texte, des images ou des vidéos. Elle ne cherche pas la vérité : elle calcule la réponse la plus probable.

L'exemple de la séance

Un logiciel classique ne fait que ce pour quoi il a été programmé : « si vous dites à Word de faire le café, il ne le fait pas ». ChatGPT, arrivé en novembre 2022, a changé la donne et a séduit un million de personnes en cinq jours.

Pourquoi c'est important

L'IA ressemble à une immense bibliothèque : elle sait de quoi parlent les livres et peut vous orienter. Mais vous n'en tirez que ce que vous allez chercher, et une réponse probable reste à vérifier.

Pour aller plus loin : la question d'une participante, « une personne peu à l'aise peut-elle s'en servir face à son assurance ? », et l'image de la bibliothèque (14:26).

02

Quand l'IA ne se contente plus de répondre : elle agit

15:26

En deux mots

Les premières IA donnaient seulement des informations. Aujourd'hui, elles peuvent déclencher des actions sur un ordinateur : enregistrer, fermer, supprimer, à partir de simples mots-clés.

L'exemple de la séance

Pierre Lacombe a ouvert le terminal de son ordinateur, cette fenêtre où l'on tape des commandes. Les fenêtres et les boutons ne sont qu'une façon facile d'accéder au cœur de la machine ; une IA, elle, peut piloter directement ce cœur. Dans la salle, on s'est souvenu de MS-DOS et des débuts d'Internet.

Pourquoi c'est important

Une IA qui agit peut vous faire gagner beaucoup de temps, mais elle peut aussi se tromper en agissant. Savoir ce qu'on lui autorise à faire devient une vraie question.

03

Un « stagiaire omniscient », pas un expert

19:33

En deux mots

L'IA n'a pas de conscience. Mais elle a tellement de chances de tomber juste qu'on finit par la croire. Chacun peut désormais avoir à ses côtés une sorte de stagiaire qui sait un peu de tout.

L'exemple de la séance

Un souci avec son assurance, un devoir à comprendre : on peut défricher le sujet en quelques minutes. « Ça ne veut pas dire qu'on a un expert en face », a rappelé l'animateur.

Pourquoi c'est important

L'école est la première concernée : chaque enfant peut avoir un assistant gratuit, et des parents peuvent aider sans connaître la matière. Cela réduit l'écart avec les cours particuliers, à condition de toujours vérifier.

04

Un nouveau sujet de campagne, et des Français méfiants

22:44

En deux mots

Selon le calendrier présenté, le premier tour aura lieu le 18 avril 2027 et le second le 2 mai 2027, soit environ sept mois après la séance. L'IA n'était pas un sujet lors de l'élection précédente ; elle l'est devenue.

L'exemple de la séance

Un sondage IFOP de juillet 2026 (1 000 personnes) a été présenté (28:20) : 81 % ne font pas confiance à une information politique produite par une IA, 86 % redoutent de fausses vidéos pendant la campagne, et 45 % auraient moins envie de voter pour un candidat qui utilise ouvertement l'IA.

Pourquoi c'est important

La méfiance est forte, mais le sondage date d'avant la dernière génération de modèles, sortie en août selon l'animateur. Beaucoup de sondés avaient utilisé des versions plus anciennes et moins performantes.

Le Café IA est une initiative du Conseil national du numérique : la carte des cafés est sur cafeia.org. Règle du jeu rappelée en début de séance : pas de militantisme, on regarde les propositions de chaque bord.

05

Les programmes des candidats, présentés côte à côte

31:53

À lire avec recul. Les propositions ci-dessous sont rapportées telles qu'elles ont été présentées le 15 septembre 2026, dans l'ordre de la séance. Elles ont pu évoluer depuis. Les montants cités en séance n'ont pas été contrôlés : ils sont regroupés en bas de page, dans l'encadré « Chiffres à vérifier ».

Au centre et à droite

  • Gabriel Attal (37:21) : ferait de l'IA l'un de ses quatre piliers de campagne. Il propose un grand plan d'investissement moitié public, moitié privé, d'orienter une partie de l'épargne retraite vers l'innovation, et une formation à l'IA de l'école primaire jusqu'à la reconversion des salariés.
  • Bruno Retailleau (42:46) : propose d'automatiser une partie de l'État, avec un assistant unique pour les démarches, « Marianne », un ministère de l'IA, des data centers publics, une baisse du nombre de fonctionnaires et un régime expérimental de trois ans dérogeant aux règles européennes.
  • Édouard Philippe (51:34) : propose de doubler la puissance de calcul en cinq ans, d'installer des data centers près des centrales nucléaires avec un accès préférentiel à cette électricité, de former davantage d'ingénieurs en IA et une préférence européenne pour les achats de technologie.

À gauche et chez les écologistes

  • Jean-Luc Mélenchon (55:06) : propose un réseau public de data centers réparti sur le territoire, un hébergement public obligatoire pour la santé et l'éducation, une autorisation préalable pour toute IA, « comme pour un médicament », et l'interdiction de la notation sociale et du marketing addictif.
  • Marine Tondelier (1:12:02) : met en avant la sobriété. Elle serait plutôt favorable à une pause, propose des normes communes et des systèmes interopérables, des audits de sobriété pour les nouveaux projets, le financement de logiciels libres et l'encadrement de la captation de l'attention.
  • Raphaël Glucksmann (1:18:50) : propose un « projet Manhattan européen de l'IA » piloté par la puissance publique, une loi « acheter européen » assortie d'un fonds, une agence industrielle du numérique, une taxe sur les grandes plateformes américaines et un moratoire sur les data centers étrangers.

À la droite nationale

  • Marine Le Pen (1:27:23) : défend une IA « forte, fière et souveraine ». Elle propose un avantage fiscal pour équiper les entreprises (numérisation, robots), de réorienter les achats publics vers les entreprises implantées en France, et de robotiser services publics et industrie sans réduire les effectifs.
  • Éric Zemmour (1:31:41) : place l'IA au cœur de son entrée en campagne. Il propose de supprimer massivement les règles, dont l'AI Act, de poursuivre le nucléaire pour de grands data centers, de financer par l'épargne des Européens, de former dès le primaire et de recourir aux robots pour réduire l'immigration de travail.

D'autres personnalités étaient déclarées ou pressenties au moment de la séance ; seules les huit qui s'étaient exprimées sur l'IA de façon précise ont été étudiées. Pour préparer cette présentation, l'animateur a rassemblé leurs déclarations publiques dans un grand tableau, thème par thème.

06

Mistral, l'open source et la souveraineté

45:14

En deux mots

Mistral est une entreprise privée française, pas une IA d'État. Elle crée des modèles de fondation, la « première pierre » sur laquelle d'autres logiciels sont construits. Ses modèles sont open source : on peut les télécharger et les faire tourner chez soi.

L'exemple de la séance

Un modèle installé dans un ministère ne fait sortir aucune donnée : c'est ce qu'on appelle la souveraineté. À l'inverse, avec ChatGPT, les données partent aux États-Unis, mais cet afflux finance des modèles toujours plus puissants.

Pourquoi c'est important

Il n'existe pas « une » IA mais des millions de modèles, recensés notamment sur Hugging Face, une plateforme créée par des Français (1:00:15). Selon l'animateur, Mistral s'engage à ne pas entraîner ses modèles sur vos conversations, et un modèle installé sur votre appareil ne transmet rien (59:56).

Pour aller plus loin : le champion allemand s'appelle Black Forest Labs, auteur du modèle d'images Flux, que Mistral utilise lorsqu'on lui demande une image.

07

Le débat mondial : faire une pause, suivre la course, fixer des règles

56:24

En deux mots

Aux États-Unis, l'État intervient peu. Quelques jours avant la séance, des entreprises américaines de l'IA ont évoqué une pause dans le développement. Donald Trump s'y oppose à cause de la rivalité avec la Chine, qui refuse aussi, et le patron de Mistral a annoncé qu'il ne ferait pas de pause.

L'exemple de la séance

Devinette : quel chef d'État a parlé de « désarmer l'IA » ? Réponse : le pape, dans une encyclique (une lettre adressée à tous les fidèles) du 15 mai, citée sous le titre Magnifica Humanitas (1:01:04). Autre sujet : les IA flatteuses, « une IA qui vous considère comme un dieu vivant » étant plus utilisée qu'une qui vous rembarre (1:03:45).

Pourquoi c'est important

Une pause est presque impossible à contrôler : une IA est accessible depuis n'importe quel pays en un clic. Et les règles pèsent différemment selon les continents : l'Europe veut « ne pas tricher » sur les données, quand les géants américains paient des amendes après coup (1:36:17).

Pour aller plus loin : pourquoi les robots vont beaucoup évoluer, grâce à une intelligence centrale qui comprend le langage et déclenche des gestes (1:04:26) ; et pourquoi Elon Musk a réuni ses entreprises de fusées, d'IA et de réseau social : installer des centres de calcul dans l'espace (1:24:05).

08

Data centers et tokens : l'électricité transformée en « intelligence »

1:08:38

En deux mots

Un data center est un grand bâtiment rempli d'ordinateurs qui font tourner les IA. Il consomme beaucoup d'électricité. L'idée défendue notamment par Mistral : transformer l'électricité française, abondante et peu carbonée, en « unités d'intelligence », les tokens (ou jetons) (1:10:17).

L'exemple de la séance

Les participants ont évoqué un projet de data center à Condat-sur-Vézère, près de Terrasson, dans une ancienne papeterie, avec récupération de la chaleur. Un autre projet, dans le nord du département, est contesté par une partie des habitants ; une participante a signé une pétition.

Pourquoi c'est important

Quand vous utilisez une IA, vous consommez des tokens, souvent par quotas (toutes les cinq heures, chaque semaine, chaque mois). Aux États-Unis, un participant a rappelé que ce sont surtout des turbines à gaz qui alimentent les data centers ; en France, la question se pose autrement.

09

Ce qui sépare vraiment les candidats

1:41:38

En deux mots

Quatre grandes questions permettent de comparer les programmes : l'État doit-il être un outil ou le patron de l'IA ? Faut-il accélérer ou freiner ? Robotiser en remplaçant ou sans remplacer ? Et le droit européen : y déroger, le supprimer, l'adapter ou le renforcer ?

L'exemple de la séance

Au moment de la séance, les programmes les plus chiffrés étaient ceux de Gabriel Attal, puis de Bruno Retailleau et d'Édouard Philippe (1:37:59) ; les autres en restaient surtout à des intentions. L'animateur a noté que les plus chiffrés venaient d'anciens ministres ou Premiers ministres, qui avaient accès aux données.

Pourquoi c'est important

Un participant a relevé que l'emploi était presque absent des programmes (1:39:05), alors que les métiers de bureau devraient être les premiers bouleversés. Ces quatre questions peuvent vous aider à lire les propositions à venir, quel que soit votre choix.

10

Les oubliés de la campagne, et les questions pour notre territoire

1:42:56

En deux mots

Plusieurs sujets manquent dans les programmes : l'eau pour refroidir les data centers, les zones rurales, les artistes dont les œuvres servent à entraîner les IA, les enfants (devoirs, harcèlement par fausses vidéos) et les travailleurs du clic, souvent hors d'Europe.

L'exemple de la séance

Pistes lancées pour chez nous (1:48:33) : une IA pour aider les soignants dans un désert médical, faire vivre ensemble France Services et une « super IA », des drones en agriculture, et des collégiens aussi bien formés qu'à Bordeaux.

Pourquoi c'est important

Ce qui se décide à Paris aura des effets ici : où seront les data centers, ce que deviendront les guichets de proximité. Mot de la fin d'un participant : « Je me méfierais plutôt d'un candidat qui s'en sert et le cache » (1:50:53).

La mention « image générée par IA » dans les médias relève de la déontologie, pas d'une obligation. Des accords existent entre la presse et les IA (Mistral rémunère l'AFP), et certains sites comme Reddit bloquent la collecte de leurs données. Prochain Café IA : le mardi 1er décembre (1:50:01).

Outils cités

Les outils dont on a parlé

ChatGPT

L'IA conversationnelle de l'américain OpenAI, lancée en novembre 2022. Les données envoyées partent aux États-Unis.

Mistral

Entreprise française qui crée des modèles d'IA open source, téléchargeables et utilisables en local.

Hugging Face

Plateforme créée par des Français où l'on trouve des millions de modèles d'IA ouverts, comme un magasin d'applications pour l'IA.

Flux (Black Forest Labs)

Modèle allemand qui crée des images et des vidéos ; Mistral s'en sert pour produire des images.

Kimi

Modèle chinois ouvert, cité pour montrer qu'on peut passer d'un fournisseur d'IA à un autre.

Grok

L'IA d'Elon Musk, liée à ses entreprises de fusées et de réseau social.

La Suite numérique

Ensemble de logiciels libres de l'État (messagerie, visio, documents), surtout destiné aux agents publics et difficile à installer chez soi.

LibreOffice

Suite bureautique gratuite et libre, conseillée aux particuliers qui veulent se passer de Microsoft Office.

cafeia.org

Le site national des Cafés IA, avec la carte des rencontres partout en France.

Glossaire

Les mots à retenir

IA générative
IA qui fabrique du texte, des images ou des vidéos en calculant la suite la plus probable.
Terminal
Fenêtre de l'ordinateur où l'on donne des ordres en tapant des commandes, sans passer par les boutons.
Modèle de fondation
Grand modèle d'IA de base, sur lequel d'autres logiciels sont construits.
Open source
Se dit d'un logiciel ou d'un modèle dont le contenu est public : on peut le télécharger, l'étudier et le réutiliser.
Souveraineté numérique
Capacité d'un pays à garder la maîtrise de ses outils et de ses données, sans dépendre d'un autre pays.
Data center
Bâtiment rempli d'ordinateurs puissants qui stockent des données et font tourner les IA.
Token (jeton)
Petite unité de texte traitée par une IA ; sert aussi à mesurer et à facturer ce que l'on consomme.
Inférence
Le calcul fait par l'IA à chaque fois que vous lui posez une question.
Interopérabilité
Possibilité de passer facilement d'un outil ou d'un fournisseur à un autre.
AI Act
Règlement européen qui encadre l'intelligence artificielle selon ses risques.
RGPD
Règlement européen qui protège les données personnelles.
Moratoire
Arrêt temporaire décidé par les pouvoirs publics, par exemple sur de nouvelles constructions.
Suramortissement
Avantage fiscal qui permet à une entreprise de déduire plus que le prix d'un équipement acheté.
Deepfake
Fausse vidéo ou fausse voix très réaliste, fabriquée par IA.
Travailleurs du clic
Personnes payées pour étiqueter des données afin d'aider les IA à apprendre.

Chiffres à vérifier

Ces chiffres ont été cités pendant la séance mais n'ont pas été contrôlés. Prenez-les avec prudence :

  • Gabriel Attal : 200 milliards d'euros sur 10 ans (moitié public, moitié privé) et 20 millions de salariés formés en 5 ans.
  • Les « 30 000 milliards » qu'investiraient les Américains, cités en comparaison du plan de Gabriel Attal.
  • Bruno Retailleau : 25 milliards sur 5 ans, 1 milliard pour une IA d'intérêt public, 250 000 postes de fonctionnaires en moins (un participant a ensuite parlé de 300 000), 15 milliards d'économies par an, soit 75 milliards sur le quinquennat.
  • Édouard Philippe : passer de 40 000 à 100 000 ingénieurs formés à l'IA par an.
  • Raphaël Glucksmann : un fonds de 2 000 milliards de dollars pour la loi « acheter européen ».
  • Marine Le Pen : 230 milliards d'euros d'achats publics par an à réorienter.
  • Éric Zemmour : l'épargne des Européens visée, citée d'abord à 37 milliards puis à 37 000 milliards.
  • Mistral : une levée de fonds de 3 milliards pour une valorisation de 20 milliards.
  • Hugging Face : environ 3 millions de modèles d'IA ouverts.
  • Anthropic (Claude) : une amende de 1,3 milliard de dollars pour l'usage de livres piratés.
  • L'État américain détiendrait 5 % d'OpenAI.
  • Des investissements du Golfe de 4 ou 5 milliards dans des data centers en France.
  • Environ 250 emplois annoncés pour le data center de Condat-sur-Vézère.
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